Décalogue
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Le Décalogue (en hébreu : עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת, Assereth ha-Dibroth ; en arabe : الوصايا العشر, alwasāyā al'ashr ; en latin : Decalogus ; en grec ancien : δεκάλογος / dekálogos ; en russe : декалог, dekalog; en turc : On Emir) — les Dix Paroles pour le judaïsme, traduit par les Dix Commandements pour le christianisme — est un court ensemble écrit d'instructions morales et religieuses reçues, selon les traditions bibliques, de Dieu par Moïse au mont Sinaï.
Dans la Torah, il est écrit que la transmission de ces instructions morales sous la forme de tables gravées provient « du doigt de Dieu ». La Bible parle de « dix paroles » (Ex 34:28 ; Dt 4:13), ce que la version des Septante rend par le mot δεκάλογος / dekálogos, d'où le terme français de « Décalogue ».
Contents
• Judaïsme
• Datation
• Notes
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Récit biblique
Les deux énoncés du Décalogue
Ces instructions sont données deux fois dans le Pentateuque (la Torah) : dans le Livre de l'Exode (Ex 20,2-17), et dans le Deutéronome (Dt 5,6-21). Des différences mineures existent entre ces deux textes.
Livre de l'Exode
Texte de l'Exode (20:2-17) dans la traduction de Louis Segond (1910) suivie, en italique, de la traduction du Rabbinatcite-ref-1[1] (1899).
Deutéronome
Le second énoncé, en Dt 5:6–21, est presque identique. Une différence bien connue concerne le commandement sur le Chabbat. Dans l'Exode, il est écrit « souviens-toi (zakhor) du jour du Chabbat » et dans le Deutéronome « observe », ou « garde » (chamor) le jour du chabbat ». La tradition, rappelée à chaque entrée de chabbatcite-ref-2[N 1], à l'office du vendredi soir, dans le Lekha Dodi, veut que les deux mots aient été prononcés en même temps.
Sept commandements sur dix commencent par la négation « lo », ne pas. Seuls les premier (Je suis l'Éternel), quatrième (Souviens-toi du sabbat) et cinquième (Honore ton père et ta mère) sont positifs.
Le texte du Deutéronome est, selon la traduction de Louis Segond, le suivant (Dt 5,6-21) :
La version des Samaritains
Les dix commandements de la Torah samaritaine intègrent en dixième commandement le respect du mont Garizim comme centre du cultecite-ref-10-commandements-3-0[2].
Les deux versions des dix commandements existant dans le Tanakh hébraïque (celle du Livre de l'Exode et celle du Deutéronome) ont été uniformiséescite-ref-10-commandements-3-1[2].
Afin de conserver le nombre des commandements (dix), le 1er commandement juif (« Je suis l'Éternel (Ado-nāï), ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude ») est considéré comme une simple présentation, le premier commandement samaritain étant donc le second commandement juif : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face ». Pour les Samaritains, « les sages juifs ont fait de la présentation un commandement pour maintenir le nombre de ceux-ci à dix (le nombre de commandements est mentionné dans l'Exode, 34.28), après qu'ils ont corrigé leur version en en retirant le dixième »cite-ref-4[3] relatif au mont Garizim.
Judaïsme
À la fin du Ier siècle, dans les Antiquités judaïques, Flavius Josèphe résume ainsi les Dix Parolescite-ref-5[4] :
« Tous entendent une voix venue d'en haut, elle leur parvient à tous, de manière qu'ils ne perdent aucune de ces dix paroles que Moïse a laissées écrites sur les deux tables. Ces paroles, il ne nous est plus permis de les dire explicitement, en toutes lettres, mais nous en indiquerons le sens. La première parole nous enseigne que Dieu est Un, qu'il ne faut vénérer que lui seul. La deuxième nous commande de ne faire aucune image d'animal pour l'adorer, la troisième de ne pas invoquer Dieu en vain, la quatrième d'observer chaque septième jour en nous abstenant de tout travail, la cinquième d'honorer nos parents, la sixième de nous garder du meurtre, la septième de ne point commettre d'adultère, la huitième de ne point voler, la neuvième de ne pas rendre de faux témoignages, la dixième de ne rien convoiter qui appartienne à autrui. »
Dans la représentation habituelle des Tables de la Loi des synagogues, les cinq premiers commandements sont en général présentés de haut en bas sur la table de droite, les commandements 6 à 10 sur celle de gauche. On les symbolise souvent par leurs deux premiers mots hébreux, en observant que les commandements 6, 7 et 8 n'ont que deux mots.
Lecture des Dix Paroles
Les Dix Paroles étant deux fois écrites dans la Torah, elles appartiennent à deux sections hebdomadaires (parachioth) distinctes, Yitro et Va'et'hanan, et sont donc lues à l'office synagogal lorsque viennent les semaines de lecture de ces deux parachiothcite-ref-koun-6-0[5]. Elles sont aussi énoncées lors de l'office de Chavouothcite-ref-koun-6-1[5], fête qui célèbre depuis les temps rabbiniques le don de la Torah sur le mont Sinaï. Une controverse a parfois été soulevée quant à savoir si les fidèles doivent se lever ou non durant la lecture des Dix Parolescite-ref-koun-6-2[5] Cela pourrait signifier que les fidèles accordent une plus grande importance à ces Dix Paroles qu'au reste de la Torah. Aussi, souvent est-ce le rabbin et non le hazan ni un fidèle qui lit les Dix Paroles. Ainsi, l'assemblée se lève en signe de respect pour le rabbin et non pour montrer la supériorité des Dix Paroles sur le reste de la Torahcite-ref-7[6].
De même, il est attesté que dans les temps pré-talmudiques, l'usage était d'énoncer quotidiennement les Dix Paroles dans la prière quotidienne. Toutefois, cet usage a été interdit de peur que des hérétiques disent que seules ces Dix Paroles (et non la Torah tout entière) ont été données à Moïsecite-ref-8[7].
Christianisme
Christianisme ancien
Même s'il reste des incertitudes sur le rôle que les Dix Commandements ont joué dans le christianisme primitif, il semble qu'ils étaient récités au cours de certains offices et utilisés dans l'instruction religieuse car ils étaient considérés comme un résumé de la Loi de Dieucite-ref-6-9-0[8].
Catholicisme
Le Catéchisme de l'Église catholiquecite-ref-cat-cato-10-0[9] reprend la tradition de l’Ancien Testament en enseignant tout aussi bien la version de l'Exode, 20, 2–17 que celle issue du Deutéronome, 5, 6–21. Seuls les troisième, quatrième et dixième commandements diffèrent légèrement sur la forme mais impliquent exactement la même chose.
Les Dix Commandements font partie des règles qui n'ont pas changé avec l'avènement de la Nouvelle Alliance apportée par le Christ. Le quatrième commandement fait l'objet de précisions car mal mis en pratique (Matthieu 12:8, Colossiens 2:16, Marc 2:27 et 28).
1. Tu aimeras Dieu par-dessus tout.
2. Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain.
3. Tu sanctifieras les fêtes.
4. Tu honoreras ton père et ta mère.
5. Tu ne tueras pas.
6. Tu ne commettras pas d'actes impurs.
7. Tu ne voleras pas.
8. Tu ne porteras pas de faux témoignage ni ne mentiras.
9. Tu ne te laisseras pas aller à des pensées ou des désirs impurs.
10. Tu ne convoiteras pas la propriété d'un autre.
L'Église catholique souligne que le Décalogue « se comprend d’abord dans le contexte de l’Exode qui est le grand événement libérateur de Dieu au centre de l’Ancienne Alliance »cite-ref-cefd-cal-11-0[10]. Ces « dix paroles » permettent aux hommes de construire une vie libérée de l'esclavage, selon le précepte fondamental de l'amour de Dieu et du prochaincite-ref-cefd-cal-11-1[10]. Le Décalogue (la Loi) définit une éthique parallèle aux Béatitudes du Sermon sur la montagne (la promesse), ces deux enseignements étant complémentaires l'un de l'autre, et non pas opposéscite-ref-cefd-cal-11-2[10].
Le théologien et exégète Paul Beauchamp note que le Décalogue accorde une grande importance aux commandements négatifs, puis ajoute : « Mais tout change si l'on comprend que dire ce qu'il faut faire emprisonne plus que dire ce qu'il ne faut pas faire. En lisant le Décalogue, on entend ce que Dieu interdit. Mais l'autre face, corrélative de la première, c'est le fait que Dieu n'oblige pas. Que ne pas faire ? Ces violences qui s'appellent meurtre, adultère, vol, faux témoignage. Par elles, tu prives autrui et te prives toi-même de liberté […]. Les interdits du Décalogue font le vide devant un espace où Dieu ne demande rien. Il ne demande même pas d'être adoré. Et pourtant, l'espace qui s'ouvre ainsi est un espace d'adoration, un appel silencieux vers le don de soi à Dieu »cite-ref-12[11].
Protestantisme
Les protestants accordent une grande importance aux dix commandements, considérant d'une part qu'ils occupent une place centrale dans l'Ancien Testament et d'autre part que Jésus s'est abondamment appuyé sur eux, les commentant et les actualisant, notamment dans son Sermon sur la montagne (évangile selon Matthieu, chapitre 5, évangile selon Marc, chapitre 10). Les protestants regroupent en deux sous-ensembles les dix commandements, les quatre premiers étant relatifs à notre relation à Dieu, et les six suivants s'intéressant à notre relation au prochaincite-ref-13[12].
Les catéchismes inspirés par la Réforme protestante commentent et expliquent les dix commandements, qu'ils considèrent comme des éléments fondamentaux de la foi chrétienne ; c’est le cas des catéchismes rédigés par Luther (notamment le Petit Catéchisme, 1529) ou Calvin (« le catéchisme de Genève »cite-ref-14[13], 1541), ou par d’autres comme le Catéchisme de Heidelberg (1563)cite-ref-15[14].
Les protestants s'appuient sur les traductions des textes de l'Exode et du Deutéronome, comme les catholiques.
Datation
Les archéologues Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman soutiennent que « la composition étonnante s'assembla… au septième siècle avant notre ère »cite-ref-16[15]. Une date plus tardive (après 586 avant notre ère) est suggérée par David H. Aaroncite-ref-17[16].
Notes et références
Notes
Références
cite-note-11. ↑ Texte bilingue français-hébreu sur Sefarim.
cite-note-10-commandements-32. (en) « The Samaritan Tenth Commandment », The Samaritans, Their History, Doctrines and Literature, par Moses Gaster, The Schweich Lectures, 1923.
cite-note-43. ↑ (en) The Tenth Commandment in the Pentateuch in the hands of the Israelite Samaritans (page consultée le 29 décembre 2006).
cite-note-54. ↑ Antiquités judaïques, livre 3, chapitre 5
cite-note-koun-65. 2016« Faut-il se lever durant la lecture des Dix Commandements ? », sur Kountrass, 17 mai 2016
cite-note-76. ↑ boissi-reyann-boissi-reYann Boissière, « Shavouoth - Explication »
cite-note-87. ↑ « Les Dix Paroles censurées », sur Akadem
cite-note-6-98. ↑ pelikan1971jaroslav-pelikan1971(en) Jaroslav Pelikan, The Christian tradition, University of Chicago Press, 1971, 394 p. (ISBN 978-0-226-65371-6, lire en ligne).
cite-note-cat-cato-109. ↑ Lire en ligne : Conférence des évêques et le Vatican.
cite-note-cefd-cal-1110. « Les Dix Commandements », site de la Conférence des évêques de France.
cite-note-1211. ↑ Paul Beauchamp, La Loi de Dieu.D'une montagne à l'autre, Seuil, 1999, p. 32-33 (ISBN 978-2020366878).
cite-note-1312. ↑ Commentaires sur les 10 commandements sur le site info-bible, consulté le 1er décembre 2017 [1]
cite-note-1413. ↑ [2]
cite-note-1514. ↑ Matthias Wirz, Article sur le site questiondieu.com, consulté le 1er décembre 2017 [3]
cite-note-1615. ↑ (en) Israel Finkelstein, Neil Asher Silberman, The Bible Unearthed, 2002, p. 70.
cite-note-1716. ↑ (en) « Etched in Stone: The Emergence of the Decalogue » [archive du 5 octobre 2011] (99.8 KB), The Chronicle, Hebrew Union College – Jewish Institute of Religion, Issue 68, 2006, p. 42. « une étude critique de la littérature biblique ne démontre aucune connaissance des dix commandements avant la période post-exilique (après 586 av. J.-C.) »
Bibliographie
• vald-s1999ariel-alvarez-vald-s1999Ariel Alvarez Valdés (trad. C. Bertrand), « Quelle est l’origine des 10 commandements ? », La Terre Sainte, no 542, janvier/février 1999, p. 7-18
• Rabbin Avrohom Chaim Feuer, עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת, Assereth Hadibberoth, Les Dix Commandements, Traduction et commentaires fondés sur les sources talmudiques, midrachiques et rabbiniques, intr. rabbin Nosson Sherman, éd. Colbo, 2003 (ISBN 2-85332-075-8)
Voir aussi
Articles connexes
• Bible vicieuse, réédition de la Bible du roi Jacques (1631), qui, à cause d'un bourdon, recommandait l'adultère dans un des commandements plutôt que de l'interdire.
Liens externes
• Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes : Britannica Internetowa encyklopedia PWN Nationalencyklopedin Store norske leksikon Treccani
• Notices d'autorité : VIAF BnF (données) IdRef LCCN GND Pologne Israël Norvège Tchéquie Québec Lettonie
• Martin Winckler : Combien y a-t-il de versions des dix commandements ?, Winckler’s Webzine, 13 mars 2005
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